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Comment le monde utilise vraiment ChatGPT

(et ce n'est pas ce que vous croyez)
2 novembre 2025 par
Comment le monde utilise vraiment ChatGPT
Maïté Verhoeven

Depuis son lancement en novembre 2022, ChatGPT est devenu un phénomène mondial. L'outil d'intelligence artificielle a connu une adoption à une vitesse sans précédent, mais l'ampleur de son intégration dans nos vies dépasse souvent l'imagination. Avec 700 millions d'utilisateurs—près de 10 % de la population adulte mondiale—envoyant 18 milliards de messages par semaine selon les données les plus récentes, son omniprésence est indéniable. On imagine souvent des professionnels l'utilisant pour rédiger des rapports ou des développeurs pour déboguer du code.

Mais que se passe-t-il si ces idées reçues, bien que plausibles, ne racontent qu'une petite partie de l'histoire ? Un récent document de travail du National Bureau of Economic Research (NBER), fondé sur l'analyse de millions de conversations réelles, lève le voile sur nos véritables habitudes avec ChatGPT. Et les résultats sont pour le moins surprenants.

Dans cet article, je vous propose de découvrir cinq révélations les plus contre-intuitives et les plus marquantes de cette étude. Les données nous racontent une histoire bien plus nuancée que ne le suggèrent les gros titres des médias.

1. Oubliez la productivité : ChatGPT est avant tout un outil personnel

Contrairement à l'intense focalisation médiatique sur l'impact de l'IA au bureau, la réalité des données est sans appel : ChatGPT est principalement utilisé pour des raisons personnelles.

La statistique clé de l'étude est frappante. La part des messages non liés au travail dans les abonnements grand public est passée de 53 % à 73 % de l'utilisation totale en un an. La croissance des usages personnels a été bien plus rapide que celle des usages professionnels.

Pourquoi est-ce si important ? Cela suggère que le plus grand impact de l'IA pourrait se situer non pas dans nos bureaux, mais dans nos vies personnelles, dans notre apprentissage et dans nos foyers. 

2. Le « fossé des genres » dans la tech ? L'exception ChatGPT

L'un des constats les plus inattendus de l'étude porte sur la démographie de ses utilisateurs. Alors que les nouvelles technologies sont souvent marquées par un déséquilibre initial en faveur des hommes, ChatGPT a suivi une trajectoire radicalement différente.

Dans les premiers mois suivant son lancement, les utilisateurs aux prénoms typiquement masculins représentaient environ 80 % des utilisateurs actifs. Cependant, cette tendance s'est complètement inversée. Selon les données de juin 2025, cette part était tombée à 48 %. Autrement dit, les utilisateurs actifs étaient désormais légèrement plus susceptibles d'avoir des prénoms typiquement féminins.

Cette quasi-disparition du fossé des genres est un phénomène rare dans le secteur technologique. Elle témoigne de l'accessibilité et de l'attrait universel de l'outil, qui a su transcender les barrières démographiques traditionnelles avec une efficacité remarquable.

3. Les deux plus grands mythes sur son utilisation 

Les discussions autour de ChatGPT sont souvent dominées par deux cas d'usage phares. Pourtant, les données de l'étude montrent que leur importance est largement surestimée.

Premier mythe : ChatGPT est avant tout un assistant de codage. Malgré l'engouement pour l'IA comme outil d'aide à la programmation, les chiffres racontent une autre histoire. La programmation informatique ne représente que 4,2 % des messages envoyés à ChatGPT. C'est une part significative, mais loin d'être l'usage dominant que l'on imagine.

Second mythe : ChatGPT est utilisé comme un compagnon émotionnel. L'idée d'utiliser l'IA comme un soutien émotionnel est souvent mise en avant. Or, les données montrent que cette pratique demeure marginale. Seuls 1,9 % des messages concernent les "Relations et Réflexion Personnelle", et à peine 0,4 % sont dédiés aux "Jeux et Jeux de Rôle".

4. On lui demande plus de "réfléchir" que de "faire"

Pour mieux comprendre nos intentions, l'étude propose une classification inédite de nos requêtes, réparties en deux catégories principales : "Asking" (Demander) et "Doing" (Faire). "Demander" correspond à la recherche d'informations ou de conseils pour prendre une décision, tandis que "Faire" correspond à une requête pour que l'IA exécute une tâche concrète, comme rédiger un e-mail.

Globalement, la répartition est assez équilibrée, avec environ 49 % des messages classés comme "Asking" et 40 % comme "Doing". Cependant, une tendance de fond se dégage et révèle une information cruciale sur la valeur que nous tirons de l'outil.

Fait crucial, l'étude révèle que la catégorie "Asking" a connu une croissance plus rapide que "Doing" au cours de l'année écoulée et que ses réponses sont jugées de meilleure qualité par les utilisateurs. Cela signifie que nous utilisons de plus en plus ChatGPT comme un "copilote" de la pensée et de la prise de décision, et non seulement comme un "collègue" automatisé qui accomplit des tâches. La véritable valeur ajoutée semble résider dans sa capacité à nous aider à mieux réfléchir.

5. Au travail, ChatGPT est plus un éditeur qu'un auteur

Lorsqu'on se penche sur l'utilisation professionnelle, l'écriture est de loin le cas d'usage le plus répandu, représentant 40 % de tous les messages liés au travail, d'après les chiffres de juin 2025. Mais ici aussi, ces chiffres sont à nuancer.

La nuance la plus surprenante est la suivante : environ deux tiers des messages d'écriture consistent à demander la modification d'un texte fourni par l'utilisateur, comme l'édition, la critique, le résumé ou la traduction.

En d'autres termes, les professionnels utilisent majoritairement ChatGPT pour améliorer leur propre travail plutôt que de lui demander de créer du texte à partir de zéro. Cette tendance renforce l'idée que les utilisateurs ne cherchent pas seulement à déléguer une tâche, mais à collaborer avec l'IA pour améliorer leur propre réflexion et leur production, faisant de l'écriture un processus de dialogue.

Pour conclure

Si l'on rassemble ces cinq points, un portrait clair émerge : l'utilisation réelle de ChatGPT est bien plus personnelle, nuancée et collaborative que le discours ambiant ne le laisse entendre. Loin d'être un simple outil de productivité pour une élite technophile, il s'est démocratisé pour devenir un assistant de réflexion personnel. Cette prédominance de l'usage personnel suggère que les gains de bien-être apportés par l'IA pourraient être bien plus importants que ce que les analyses économiques traditionnelles estiment.

Alors que les données révèlent un outil plus personnel et collaboratif que prévu, la vraie question n'est plus de savoir si l'IA va nous remplacer, mais comment l'intégrer pour mieux penser.

Article écrit au départ du document: A. Chatterji et al., How People use ChatGPT, NBER Working Paper n° 34255, sept. 2025. Image de couverture générée par l’intelligence artificielle à titre illustratif.

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